Synesthésie, science, art et littérature (revue Epistémocritique)

 

Hervé-Pierre Lambert rédige, dans la revue EPISTEMOCRITIQUE, littérature et savoirs, un passionnant article retraçant l’histoire scientifique de la synesthésie et rappelant son intime relation avec l’art et la littérature.

Il rappelle comment la perception multimodale est devenue un objet d’étude crédible et fertile, illustrant de quelles multiples façons elle a enrichi la création. Il apporte notamment de nombreux éléments de compréhension des “pseudosynesthésies” qui, si elles ne sont pas admises comme de véritables phénomènes neurologiques, ont malgré tout participé à une description intersensorielle et poétique de la réalité.

 

En effet, la littérature au XIXe siècle a été le domaine par excellence de la pseudosynesthésie. Avec le romantisme allemand puis le symbolisme français, la tradition culturelle a produit des œuvres qui développaient des images intersensorielles et des métaphores synesthésiques, voire des systèmes de pensée fondée sur ces associations.

 

Alors qu’il explique le regain d’intérêt porté à la synesthésie depuis le début du XXIème siècle, notamment grâce aux techniques d’imagerie moderne et aux nouveaux moyens de communication, l’auteur consacre un passage de son texte à une notion importante et peu discutée : la “révélation” de la synesthésie pour celui qui la vit :

 

En même temps que l’enfant ou l’adolescent découvre sa singularité, il ou elle réalise que les autres voient le monde de manière différente, ce qui constitue une surprise gigantesque.

 

Cette surprise gigantesque peut aller jusqu’au traumatisme, lorsque la personne réalise qu’elle ne comprend décidément pas le réel comme tout le monde, et que les langages sont incompatibles.

Une très précise description du travail de représentation graphique et animée, pour l’art et pour l’étude est également faite. Je retiendrais particulièrement l’observation que les “visions” synesthésiques sont autre chose que des images inspirées par la vue réelle des objets du monde. Cette autre chose rejoint le point de vue proposé sur ce site d’une antériorité développementale des structures neuronales supportant les perceptions associées.

 

Les visions, écrit-elle (Carol Steen, peintre), obtenues à partir des différents modes de perception, le toucher, le son, la vue, l’odorat, ont des similitudes mais certains photismes, -c’est à dire la sensation de couleurs non liées à la vision- sont plus utilisables artistiquement que d’autres (more artistically usable). Représenter une vision synesthésique, c’est peindre des photismes, or ces photismes ne sont pas statiques mais doublement mouvants : ils se déplacent, ils se métamorphosent.

 

Cette phrase, également de Carol Steen laisse deviner les dimensions du vécu intérieur du synesthète :

 

Une seule peinture ne peut inclure tout le vécu visuel. Il est impossible de représenter tout ce qui est vu qui excède la possibilité du regard…

 

Merci à Hervé-Pierre Lambert pour cet article, s’il n’en était qu’un à lire pour saisir le phénomène synesthésique dans son ensemble, je conseillerais sûrement celui-ci.

 

Référence :

La synesthésie, vues de l’intérieur, revue Epistémocritique, Hervé-Pierre Lambert :

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