Giordano Bruno, heuresthète ?

« Esprit nomade, hérétique parmi les hérétiques, philosophe et poète… Giordano Bruno  »

 

Giordano Bruno synesthesie heuresthesie

 

Giovanni Fontana

Inter : art actuel, n° 97, 2007, p. 27-31.

 
 

Heuresthésie :

Possibilité d’accéder, par la perception et sans exercice d’un contrôle conscient ou volontaire, à une connaissance ou une compétence objectivable. Quand la synesthésie fertilise l’esprit.

 

Extraits du docmuent intégré ci-dessous, par Giovanni Fontana :

Les images mnémotechniques, en effet, constituent les « portes » par lesquelles on peut accéder à la compréhension des structures du monde phénoménologique. Selon Frances Yates, les images adoptées par Bruno servaient à concentrer des énergies magiques pouvant faire descendre dans l’esprit humain les connaissances des agents supérieurs colloques dans les « hautes sphères ». Il s’agit d’une théorie tout à fait limitative conçue par rapport à son interprétation hermétique de l’œuvre de Bruno. En réalité, le recours aux images a une tout autre valeur. Elles se posent comme des structures logiques de support à la recherche scientifique.

(…)

Bruno n’est pas tant intéressé à la géométrie euclidienne qu’à la géométrie de l’esprit « où sont définis les espaces et les mouvements de la pensée dans son parcours du sujet à l’objet, en combinant les mots, les lettres, les chiffres et n’importe quel type d’images ou de signes, de façon à obtenir des schemes toujours plus raffinés, par lesquels cueillir ce sens de l’ordre qu’on peut à peine percevoir dans le chaos des images sensorielles ». En réalité les images ont un double caractère et un double signifié : elles se posent comme des signes complexes à grande valeur symbolique, dans lesquels on peut comprimer et contenir beaucoup d’informations, diversement enchaînées entre elles, même de façon synesthésique et avec une valeur ordonnée ; en même temps elles constituent des instruments linguistiques et interprétatifs par lesquels on peut même mettre en évidence la structure des choses. Ces instruments, tel un miroir de procès mentaux, sont traduisibles suivant des codes différents : les images peuvent se transformer en
mots, les mots en chiffres, les chiffres en symboles, etc. Du reste, dans notre esprit, les images du monde des sens se mêlent aux intentions et assument des formes différentes
en se transformant chaque fois en mots, en sons, en images, ou en se constituant à l’intérieur de structures composites spéciales, qu’on pourrait définir « intermédiales », en utilisant un concept spécifique à la contemporanéité.

(…)

Si l’on parle de « magie », on doit parler de « magie mentale », c’est-à-dire ce type particulier de capacité géniale de regarder le monde selon un œil différent : un œil qui capte les images et qui sait les transformer en structures mentales actives. Ces structures auront la capacité d’informer (même dans le sens de « donner une forme, mettre en forme » ; du latin in- [inductif] et forma) le monde, dans un procès qui amplifie tous les reflets en spirale. Il s’agit, au fond, de cette activité de pensée extraordinaire qui transforme le désordre des impressions sensorielles en connaissances lucides et ordonnées.

(…)

La magie de Bruno se pose dans ce courant souterrain de pensée, la « pensée par images », qui, même s’il a été perdant en Occident, continue à être la source secrète de la pensée. A cette source on peut accéder, comme Platon le voulait, par des expériences érotiques, mais non par des architectures logiques. On doit lire, à ce propos, le Symposium et le Phèdre, où l’on parle d’amour et de la folie divine. Là on dit que l’amour est une forme de folie à laquelle les amants s’adressent « pour dire ce que, autrement, il ne pourraient jamais dire, c’est pourquoi ils parlent de façon énigmatique et obscure ».

 

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