Les auras sont-elles des synesthésies ?
Tant le projet synesthéorie dans son ensemble que le support théorique et méthodologique sur lequel il s’appuie postulent que si l’humanité ne peut trouver d’explication à tout, ses capacités étant limitées, tout suit cependant un ensemble de lois très strict, duquel il est impossible de s’affranchir.
L’esprit, qui sait pourtant nous illusionner sur sa nature ne saurait exister sans support, nos pensées n’apparaissent pas ex nihilo et nos rêves nécessairement construisent des liens métaphoriques entre nos expériences et nos sensations réelles, pour en rejouer une abstraction surréaliste. Quant aux synesthésies, il est suffisamment de littérature pour attester qu’elles ne sont le fruit d’aucun travestissement ésotérique, même si elles peuvent parfois en être l’inspiration.
Une étude montre en effet qu’un authentique vécu sensoriel multimodal, répondant à l’expérience et se soumettant à la vérifiabilité scientifique, peut être à l’origine d’une déformation interprétative amenant le sujet à croire en l’aspect surnaturel de son expérience subjective : voir des auras autour des personnes ou des objets ne serait qu’un entrecroisement sensoriel et émotif typiquement synesthésique. Et il faut comprendre cette interprétation faussée comme une tentative légitime d’appropriation d’un vécu qui semble “provenir d’ailleurs, dépasser l’individu”. Les synesthésies, involontaires et automatiques, ne sauraient assurément se soumettre ni à la tempérance ni au libre arbitre. Relativement rares et extrêmement difficiles à mettre en mots puisqu’antérieures à la traduction sémantique du monde, les synesthésies les plus troublantes ont laissé ceux qui les vivaient, jusqu’à aujourd’hui du moins, bien démunis pour les comprendre et les faire comprendre à leur entourage. Il est alors admissible que, pour certains, le seul champ resté libre pour dompter l’insaisissable soit celui du paranormal. Notons ici l’influence de l’environnement culturel sur l’acceptabilité sociale des témoignages mystérieux : les cultures animistes par exemple, mais aussi les cultures inspirées par la spiritualité en général ont certainement mieux accepté, voire recherché les manifestations des auras, quand nos cultures rationalistes les ont plus sûrement rejetées ou méprisées.
Le regard nouveau que le Projet Synesthéorie espère porter sur ces phénomènes premiers, et certainement universels que sont les synesthésies nous réconciliera peut-être avec ce que nous ignorons et qui nous défie, tout en résolvant ce paradoxe de la critique, parfois condescendante, des expériences dites surnaturelles : il n’est pas possible à la fois d’affirmer que l’esprit ne saurait être immatériel et que les fantômes n’existent pas, tout en reprochant aux adeptes du paranormal de ne pas être capables d’expliquer leur vécu. Quel qu’il puisse être, ce vécu a nécessairement une inscription neurologique.
La moquerie de ceux qui voient des auras, la condamnation des voyants ou des magnétiseurs ressemble à un aveu d’échec épistémologique, dont il faut désormais nous affranchir. Ne pas accepter la pertinence d’une étude rigoureuse sur la nature des expériences extraordinaires, au sens strict du mot, est une erreur aussi grande que de croire en la réalité des elfes ou de penser pouvoir prédire l’avenir.
Article sur sciencedaily.com :
Liens et références :
Auras in mysticism and synaesthesia : A comparison :

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